April 15, 2008

Un thermomètre pour les classes moyennes

En surfant sur le web, j’ai trouvé un gadget qui met un peu de piment sur la lutte pour les classes moyennes que se livrent Hillary Clinton, Barack Obama et…un John McCain que l’on aurait tendance à oublier dans ce brouhaha démocrate. Depuis quelques jours, la bataille présidentielle s’est en effet réduite à une dispute autour des commentaires d’Obama sur l’”amertume” des cols et leur tendance à s’accrocher aux armes, à la religion et au rejet de l’immigration pour affronter leurs malheurs.

Bref, je cherchais un moyen de trouver quel candidat à la présidentielle était le “meilleur ami” des classes moyennes et suis tombé sur un site intéressant: themiddleclass.org. Le site a mis au point un outil qui calcule les notes des élus en fonction des textes de lois pour lesquels ils ont voté et de leur impact sur les classes moyennes. Résultat: Barack Obama et Hillary Clinton ont tous les deux décroché un A+ (la meilleure note en 2007), mais le bilan d’Hillary était meilleur que celui de Barack en 2006 (B pour elle, C pour lui). Cette année, Obama fait en revanche la course en tête avec un score de 75% des votes en faveur des classes moyennes contre 67% pour Clinton. Comme quoi les différences entre les deux rivaux démocrates semblent minimes.

McCain est lui largement distancé selon themiddleclass.org. Après avoir collectionné les E et F (les plus mauvaises notes) ces dernières années, il obtient un 50% en 2008. Il a aujourd’hui tenté de renverser la tendance en prononçant un discours sur son programme économique pour les classes moyennes.

April 14, 2008

Amer-icain

J+4 depuis le début de la polémique sur les commentaires de Barack Obama sur l’amertume des classes ouvrières américaines. Le candidat démocrate à la présidentielle a une nouvelle fois passé sa journée à défendre ses propos prononcés le 6 avril dernier à San Francisco: “Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Midwest, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre”, avait-il déclaré. “Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants”.

Réponse dimanche d’Hillary Clinton. Pour elle, Barack Obama est un candidat “élitiste” qui a pronocé des remarques “avilissantes”: “Le sénateur Obama n’a pas reconnu son erreur après ce qu’il a dit et n’a pas fait amende honorable”, a-t-elle dit. “Les gens réclament une explication. Nous avons dû travailler dur pour faire comprendre qu’il y a des millions de démocrates qui vont à l’église ou qui possèdent des armes et c’est vraiment fatigant de voir certains des nôtres fournir ainsi des munitions à nos adversaires républicains”.

Ce week-end, Obama a dit regretté la tournure de ses propos mais pas le fond, et a dûrement contre-attaqué. “Honte à elle”, a-t-il lancé à Hillary Clinton dimanche soir.

Dans une vidéo disponible sur Youtube, il a dit se réjouir de la voir être prise en photo dans un stand de tir et l’accuse avec une pointe d’amertume de ne pas être en phase avec les Américains. Chez les démocrates, l’euphorie provoquée par deux candidatures historiques a disparu. Ne reste plus aujourd’hui qu’une virulente empoignade où tous les coups sont permis (Obama s’est moqué d’Hillary Clinton qui a bu samedi soir un whisky avec une bière dans un bar de l’Indiana; la campagne d’Hillary Clinton a répondu en envoyant aux journalistes des photos d’Obama donnant du lait à un veau et jouant au bowling). Le débat entre les deux rivaux mercredi soir promet d’être salé.

April 11, 2008

La pizza de John McCain

S’il fallait résumer New York à un plat, ce serait probablement la tranche de pizza. La slice (tranche) est ici une institution et fait même l’objet d’un blog. Elle est grande, fine et croustillante. Elle est abondamment recouverte de fromage et coûte aujourd’hui entre 2 et 3 dollars. La slice permet d’ailleurs de mesurer l’inflation aux Etats-Unis aussi bien que tout autre indice économique, puisque les pizzaiolos ont répercuté ces dernières semaines la flambée des cours du blé sur le prix de la vénérable tranche…

John McCain était en campagne hier dans le quartier italien de Bay Ridge, au sud de Brooklyn. Le républicain qui aura probablement beaucoup de peine à souffler New York aux démocrates Barack Obama ou Hillary Clinton lors de la présidentielle de novembre, en a profité pour joindre l’utile à l’agréable. Le sénateur d’un Etat de l’Arizona pas franchement réputé pour ses slices, s’est offert une bonne tranche de pizza, histoire de faire un clin d’oeil aux New Yorkais et de s’assurer une jolie photo dans la presse locale. McCain qui était à New York pour présenter son plan pour les propriétaires de maison menacés par la crime des subprimes aux Etats-Unis, n’a pas lésiné sur les moyens. Il a payé sa slice de 3 dollars avec un billet de 20 et a laissé la monnaie en pourboire. Le Gothamist n’a pas tardé à relever qu’Obama n’avait donné “que” 10 dollars de pourboire la dernière fois qu’il avait déjeuné dans un diner de la Grande Pomme.

A noter qu’Hillary Clinton s’était aussi faite photographier en train de manger une pizza le mois dernier en Pennsylvanie. La slice vaut donc son pesant de voix dans cette campagne présidentielle.

April 10, 2008

Deux “singes” et une amende de 75 dollars

Les murs ont des oreilles. Une déléguée de la banlieue de Chicago qui doit représenter Barack Obama lors de la convention démocrate à fin août à Denver, aurait dû le savoir. Dans cette campagne présidentielle tendue et serrée, tout finit par se savoir. Surtout quand vous traitez deux enfants noirs de “singes”. Linda Ramirez-Sliwinski a reçu une amende de 75 dollars après une plainte de ses voisins à la police. Elle brièvement dû faire face à des appels à la démission, mais va finalement garder son siège à la convention. Linda Ramirez-Sliwinski affirme avoir dit aux enfants qui jouaient devant chez elle de ne pas grimper à un arbre comme des singes. Elle assure que la remarque n’était pas raciste et qu’elle se battera pour faire sauter l’amende. Les autres délégués eux sont prévenus: dans cette campagne, mieux vaut éviter les singeries si vous ne voulez pas défrayer la chronique.

April 9, 2008

Un Monty pour Barack

“Si Dieu ne voulait pas que nous mangions des animaux, pourquoi donc les a-t-il créés avec de la viande?” Bonne nouvelle pour les adeptes de bons mots. John Cleese, le très British comique des Monty Pythons, a offert cette semaine ses services pour écrire les discours de Barack Obama. Oubliez les longues tirades sur les “contractions” de l’économie américaine, les délocalisations ou les accords de libre-échange. La productivité selon Cleese, ressemble à ça: “Si vous voulez des ouvriers créatifs, donnez leur du temps pour s’amuser”. Aux dernières nouvelles, la campagne d’Obama n’a pas rejeté l’offre du comédien de 68 ans.  Personnellement, je me demande ce que donnerait un discours de McCain écrit par son supporter Sylvester Stallone. A ceux qui s’inquètent de l’âge de McCain (71 ans), Stallone pourrait ressortir une déclaration qu’il avait faite à l’époque à propos de Rocky. “Rocky Balboa représente toute personne qui souhaite participer à la course de la vie plutôt que d’en être le spectateur, avait-il dit un jour. Vous n’êtes jamais trop âgé pour escalader une montagne, si c’est ce que vous désirez”.

April 9, 2008

Les femmes d’Obama, le rêve d’Hillary Clinton

Les médias et analystes de la campagne présidentielle américaine aiment découper l’électorat en tranches. En Pennsylvanie, prochain Etat à organiser sa primaire le 22 avril, Barack Obama devance largement Hillary chez les jeunes, les Afro-Américains, chez les électeurs démocrates qui sont opposés à la guerre en Irak. Hillary, elle, est en tête chez les femmes, les personnes âgées et les Blancs. Un sondage publié aujourd’hui par Reuters montre que l’avance de l’ancienne First Lady sur son rival de l’Illinois est en train de fondre en Pennsylvanie. L’épouse de Bill Clinton récolte 50% des intentions de vote contre 44% pour Obama. Il y a quelques semaines encore, l’écart entre les deux était deux fois plus élevé.

Pour continuer à refaire son retard, Obama cherche aujourd’hui à convaincre les femmes. Lors des dernières primaires, les femmes ont massivement plébiscité Hillary et le sénateur de l’Illinois a décidé de faire en sorte que cela change. Du coup, alors qu’Hillary Clinton tente de mettre en avant son côté homme, Barack Obama joue son atout femme. Dès aujourd’hui, sa campagne diffuse un nouveau spot publicitaire en Pennsylvanie, où on voit Barack entouré de femmes. Sa demi-soeur Maya Soetoro-Ng affirme que “les gens se reconnaissent en Barack et ont l’impression qu’il les comprend”. Il y a aussi sa grand-mère, sa femme et ses deux filles. Le spot vise clairement ce que les Américains appellent les “Soccer Moms” (littéralement mamans football), ces mères de famille résidant dans les interminables “suburbs” (agglomérations) des villes américaines.

Hillary Clinton a elle aussi lancé une nouvelle campagne de pub en Pennsylvania. L’un des cinq spots diffusés dans les principales villes de Pennsylvanie, s’ouvre par des images d’Hillary petite fille en 1950. La candidate démocrate à la présidentielle dit aux téléspectateurs: “C’est moi à Scranton, où mon père a été élevé et où mon grand-père travaillait dans une minoterie”. Hillary parle ensuite de ses vacances dans la maison familiale, où il n’y avait “pas de chauffage ni de douche mais la joie d’être en famille”. Elle raconte avoir a été élevée avec le rêve américai. Elle assure toujours y croire même si celui-ci a, selon elle, été quelque peu négligé ces derniers temps. Le spot se finit sur une photo d’Hillary, une promesse aux électeurs – “Je vous promets que vous rêverez de nouveau” – et un slogan: “une présidente qui sera forte pour nous”. Après des semaines d’attaques fratricides, les deux rivaux démocrates semblent avoir opté pour la corde sensible.

April 8, 2008

Mamma McCain!

La guerre, John McCain connaît. La guerre, c’est son image, sa force. Le candidat républicain à la présidentielle semble en revanche faire un blocage sur un ennemi: la branche irakienne d’Al-Qaïda. Le mois dernier, lors de sa tournée internationale, le sénateur de l’Arizona avait mélangé en Jordanie les chiites et les sunnites. Il avait affirmé à plusieurs reprises que l’Iran entraînait des combattants d’Al-Qaïda. Son compagnon de voyage, Joe Lieberman (l’ancien candidat démocrate à la présidentielle devenu indépendant et pro-McCain) l’avait corrigé. L’Iran chiite ne pouvait pas former des guerriers sunnites.

Lors de l’oral du général David Petraeus aujourd’hui devant le Congrès à Washington, McCain a commis une erreur similaire en qualifiant brièvement Al-Qaïda de secte chiite avant de rapidement se corriger. Aïe.

April 8, 2008

65 000 dollars et plus pour une page de pub dans le New York Times

Combien l’Anti-Defamation League (ADL) a-t-elle dépensé pour sa campagne de publicité attaquant la politique suisse envers l’Iran? L’ADL ne le dit pas, mais l’opération a coûté cher. Un indice: le tarif pour une page de publicité en noir en blanc dans le New York Times, est en général de près de 65 000 dollars pour des organisations comme l’ADL. Ces dernières doivent cependant faire preuve de flexibilité car pour ce prix, le quotidien ne s’engage à publier l’annonce que dans une fourchette de sept jours. Si l’annonceur souhaite contrôler la date de parution, le montant de la pub grimpe à 142 000 dollars. L’ADL s’est aussi offert des espaces dans le New York Sun (un quotidien conservateur new-yorkais), l’édition européenne du Wall Street Journal, le Herald Tribune, Le Temps, le Matin Bleu et la NZZ.

April 4, 2008

Les Clinton, un couple à 109 millions de dollars

Les années 2000 à 2007 furent des années fastes pour les Clinton. Selon les chiffres publiés vendredi après-midi par la campagne d’Hillary Clinton, Hillary et Bill ont gagné 109 millions de dollars ces 7 dernières années. Ils ont payé 33,8 millions de dollars d’impôts et donné 10 millions de dollars à des oeuvres de charité. A la lumière de ces chiffres, on comprend qu’Hillary Clinton ait eu les moyens de prêter 5 millions de dollars à sa campagne présidentielle en janvier dernier.

Parlons business. Mark Penn, stratège politique d’Hillary Clinton, s’est excusé aujourd’hui d’avoir rencontré lundi dernier des représentants du gouvernement colombien pour parler d’un futur accord de libre-échange entre les Etats-Unis et la Colombie. Mark Penn avait de quoi être gêné: Hillary Clinton (comme Barack Obama d’ailleurs) est farouchement opposée à un tel accord. Pour tenter de convaincre les cols bleus très touchés par les délocalisations, les deux candidats démocrates à la présidentielle multiplient les déclarations protectionnistes et ont annoncé ces dernières semaines leur intention de renégocier le traité nord-américain de libre-échange (Etats-Unis, Mexique, Canada) s’ils sont élus à la Maison Blanche. Le mois dernier, les médias américains avaient révélé que l’un des conseillers d’Obama avait rencontré des officiels canadiens pour semble-t-il les rassurer en coulisses. Obama l’avait payé cash lors de la primaire de l’Ohio, cet Etat ayant perdu de nombreux emplois à cause des délocalisations. La Pennsylvanie, prochain Etat à organiser sa primaire, le 22 avril prochain, est dans une situation similaire. D’où une position délicate pour Hillary Clinton.

Que faisait donc Mark Penn avec les Colombiens ? L’homme a été engagé par Bogota pour vendre aux Américains l’idée d’un accord de libre-échange avec la Colombie! A force de multiplier les casquettes, on se prend les pieds dans ses mandats. Les syndicats qui soutiennent Obama ont immédiatement exigé la démission de Penn. Alors qu’Obama semble rattraper une partie de son retard sur Hillary Clinton en Pennsylvanie, ce couac pourrait coûter cher à l’ancienne First Lady.

April 4, 2008

L’Amérique de Martin Luther King

Il y a quarante ans aujourd’hui, Martin Luther King (MLK) était assassiné dans un motel de Memphis. Mon entretien avec Clarence Jones, ancien rédacteur des discours de MLK, m’a marqué. Lundi dernier, j’étais dans un petit bureau d’une grande firme comptable de Manhattan, j’avais face à moi un homme resté pendant longtemps très discret sur ses liens avec MLK. Clarence Jones s’est battu contre le racisme dans l’Amérique des années 60 et après. Aujourd’hui encore, il reste marqué par ce combat.Certains d’entre vous se rappellent sûrement le fameux discours de MLK: “I have a Dream”. Clarence Jones en avait été le co-auteur. 40 ans plus tard, je lui ai demandé quel était son rêve pour l’Amérique. Assis derrière son bureau, Clarence Jones a joint les mains comme s’il priait. Il s’est tu pendant quelques instants avant de se mettre à parler d’unité entre Blancs et Noirs. Pour lui, il y a encore des restes de ségrégation dans l’Amérique de 2008. Après avoir sillonné le pays depuis six ans, j’abonde dans ce sens. Je me rappelle Carthage, une petite ville du Mississippi où Noirs et Blancs vivaient séparés, comme à l’époque de MLK. Un nombre disproportionné d’Afro-Américains croupit en prison aux Etats-Unis, par rapport au nombre de Blancs incarcérés. Certains y voient une “conspiration gouvernementale”. Je ne partage pas ce point de vue. Ce fait est à mon avis la conséquence de la précarité qui touche beaucoup plus les Noirs que la population blanche.

Clarence Jones parle dans l’entretien d’une femme noire de 65 ans qui avait peur pour la sécurité d’Obama. Lors de mes reportages depuis le début de cet année, j’ai rencontré de nombreux Afro-Américains qui partagent cette crainte. A Charleston (en Caroline du Sud), De’vasha McPherson, 18 ans, était sûre qu’Obama se ferait assassiner s’il était élu président. De’vasha habite dans une rue peuplée en très grande majorité de Noirs.

Dans son discours sur les questions raciales le mois dernier à Philadelphie, Barack Obama a estimé que la relation entre les Blancs et les autres minorités (Noirs, Latinos, etc) devait être “parfaite”. Sa candidature est-elle la réponse aux problèmes ethniques dans l’Amérique d’aujourd’hui? Clarence Jones pense que c’est un élément de réponse, un catalyseur. Là encore, j’abonde dans ce sens. Depuis le début des primaires présidentielles, les Américains sont en train de bouleverser la dynamique raciale dans leur pays.

A noter une polémique naissante à l’heure où l’Amérique commémore le 40ème anniversaire de la mort de MLK. Un juge noir de Georgie a reconnu hier qu’il avait fait une erreur en expulsant la semaine dernière les avocats blancs de son tribunal pour “remonter les bretelles” de prévenus noirs.

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